Donjon

Une chose m'afflige lorsque je parle avec des rolistes : leur manque de culture générale. Même dans les sujets proches, c'est un peu le désert. Ceux qui ont lu le Seigneur des Anneaux lèvent la main.
Ceci pour la littérature. Coté BD, je crois que ce n'est guère mieux. Qu'a lu le rôliste moyen ? D'un coté ceux qui ont lu Lanfeust et qui n'ont pas eu assez de huit albums. De l'autre les trolls gardiens des Chroniques de la Lune Noire. Ah oui, ça c'est forcément bien : c'est scénarisé par un rôliste, et pas n'importe lequel. Il aurait mieux fait de s'abstenir. Combien d'entre eux ont lu la Quete de l'Oiseau du temps ou le Grand Pouvoir du Chninkel ?

Alors je me demande pourquoi parler de Donjon...

Donc Donjon, c'est quoi ? C'est un projet démarré il y a quelques années avec à la base Joann Sfar et Lewis Trondheim. Ces deux affreux se sont mis dans la tête de créer un monde 10 fois plus grand que celui de Tolkien; le centre de ce monde étant un donjon. Ce donjon, géré comme une entreprise permet à des aventuriers en mal d'émotions de venir se mesurer à divers pièges et monstres et éventuellement d'en ressortir les poches pleines de trésors.

Un projet qui part dans tous les sens

Pour raconter tout ça, pas moins de 3 séries sont nécessaires, et d'autres collaborateurs comme Christophe Blain, Manu Larcenet, JC Menu, Mazan et surement Jean-Michel Plessix et Andreas rejoignent régulièrement les créateurs. Chacune de ces séries prend en main une époque de la vie du donjon, de ses débuts à sa chute finale. Donjon Potron-Minet raconte la création du Donjon, Donjon Zénith, son apogée, et Donjon Crépuscule sa fin. Autour de ces trois séries principales, on trouvent des séries annexes, comme Donjon Monsters, Donjon Parade et Donjon Bonus. En quatre ans, ça fait déjà une 12aine d'albums, et attention, les auteurs en prévoient 100 dans chaque série. Paf.

Mais une entreprise bien tenue

Le donjon est l'abri de nombreux personnages truculents. Du héros-canard au dragon à la retraite, le panel est représentatif, mais chacun est composé d'une manière qui sort des sentiers battus. Tous les personnages bénéficient d'une psychologie propre et bien définie, s'intégrant parfaitement dans le monde de Terra Amata. On a l'impression de les connaitre, alors qu'on les cotoie pour la première fois. Tous les héros s'inspirent à la fois de héros fort connus et de personnages réels (non forcément connus) et les remanient pour notre plus grand plaisir. Donjon est avant tout une série drole, s'appuyant sur les codes ultra représentés de l'heroic fantasy et du jeu de rôle pour en ressortir l'essentiel, et tournant en ridicule les poncifs du genre.

Dans la bonne humeur

La création de la série semble d'ailleurs un jeu pour les auteurs. Entre amis, ils se passent les histoires, les uns dessinant pour les autres, se prêtant les personnages, la vision personnelle de chacun contribuant à l'édification de l'ensemble. A la base, l'imagination débordante de Joann Sfar et Lewis Trondheim, créant un univers à la manière d'un cadre de jdr, car les auteurs sont rolistes, puis inventant des histoires prenant place dans l'univers ainsi décrit, à la manière des histoires que les enfants se racontent, et qui s'enrichissent au fur et à mesure, les suivantes profitant du background des précédentes. On se laisse alors emporter par le courant de ces histoires, alors qu'elles débordent allègrement sur d'autres séries qui ne font pas forcément partie de Donjon.

L'héritage n'est pas renié !

Si le fond est intéressant, la forme l'est aussi à plus d'un titre. D'abord le nombre d'albums. Les séries fleuve ont été à leurt apogée dans les années 70 et 80, avec des récits s'étirant sur plusieurs dizaines d'albums, à travers les décennies. Puis, cette forme a connu une stagnation, alors que les auteurs s'épuisaient sur des sujets trop vus, laissant la place à de petites séries au nombre de tomes connus à l'avance. Alors que les auteurs renouent avec les séries fleuves des décennies passées, il semble qu'ils sachent s'écarter du chemin tracé par leurs prédécesseurs. D'abord, les auteurs ont tous fait leurs preuves par des d'autres albums remarquables, qui ont su pour la plupart apporter un sang neuf à la BD en général.

Savoir développer les synergies d'équipe...

Si la présentation est classique, prévoir 300 albums est très ambitieux. Cet objecif, s'il doit être atteint, nécessite aussi un rythme de parution impressionnant, ce qu'il est déjà, avec plusieurs parutions simultanées certains mois. Sans compter que tous les auteurs bossent aussi sur d'autres séries et albums. L'idée de changer d'auteur régulièrement permet de renouveler l'effet de surprise à chaque album, tout en conservant la continuité si attractive des grandes séries, mais en y ajoutant le rythme de parution des séries populaires qui ont créé l'histoire de la BD. D'autre part, les dessinateurs ont en commun une simplicité et une lisibilité qui font un dessin accessible, bien qu'innovant aussi bien dans le traitement des matières que des formes. Quel que soit le dessinateur, ce graphisme n'a pas la folie des grandeurs. On pourrait presque se dire qu'on aurait pu le dessiner soi-même. La force de ce dessin c'est sa dimension humaine. Au bout de 3 cases, on rentre dans l'ambiance. Au bout de 50 pages on a du mal à la quitter. Pour certains, les graphismes ont un coté enfantin et un peu brouillon, mais derrière ces apparences, on sent que ces gars savent où ils vont et qu'ils ont une grande maitrise de leurs outils. Le dynamisme du trait est aussi un bon moyen de communiquer la spontanéité qui préside au développement des albums.

Le travail se fait entièrement à deux. Alors que certaines séries, même les meilleures (Aquablue me vient à l'esprit sur le dernier tome) souffrent d'un certain manque de communication entre dessinateur et scénariste, ceux-ci font tout ensemble. Les esquisses de l'un sont dessinées par l'autre, les avis sont partagés et mélangés. La grande connaissance qu'ont les auteurs les uns des autres aide grandement sincérité.

Alors on fait quoi ?

A tous les niveaux, Donjon est une série surprenante, et il n'y a pas besoin d'être un critique émérite pour se rendre compte qu'elle est promise à un grand avenir si le niveau se maintient, ce qui devrait d'ailleurs se produire, la série bénéficiant de nombreuses inspirations. Dans tous les cas, lire un album de donjon, c'est passer à tous les coups un bon moment, surtout pour les rôlistes qui sauront retrouver de nombreux clins d'oeils à des situations et une culture bien connus. Alors on fait quoi ? on court en acheter un morceau !

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Le site de donjon : FAQ, persos, lieux...
Le site de Joann Sfar
Le site de Lewis Trondheim

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